7, April 2020 9:35

ANCIENNE GLOIRE : Domingo nous reçoit !

A la rencontre de Salif Kéita dit Domingo, premier Ballon d’or africain de l’histoire du football, Monsieur Salif, ou encore Don Salif, le professeur, le dompteur de ballon. L’artiste de Bamako à ne pas confondre avec un autre artiste, le musicien Salif Kéita. Un Kéita n’en cache pas un autre, l’histoire nous apprend que les deux grands noms : Salif Kéita viennent du Mali. L’un est artiste-musicien-compositeur et l’autre est footballeur. Chacun d’eux a participé à faire connaitre le Mali à sa manière. Merci pour la notoriété et merci pour le Mali.

C’est l’ex-footballeur et international malien qui nous a reçus chez lui à Korofina un des quartiers de Bamako ce 8 juin 2019, quartier situé sur la route de Koulikoro où après les années de football il s’installa avec enfants et petits-enfants. A la retraite, le Soulier d’argent européen de 1972 avec 42 buts, suit le football malien, africain et mondial. C’est avec Abdou Salam Ag Djidou, international malien des moins de 20 ans aujourd’hui à Monaco que nous avons accompagné chez lui et c’est avec un Salif Kéita toujours égal à lui-même qui nous a reçus avec son éternel humour en compagnie de notre ami et collaborateur Mahamadou Kanté photographe. Quel plaisir pour un retraité comme Salif Kéita de recevoir un petit fils et de surcroit celui qui veut suivre la trace de l’idole. Alors il est tout à fait normal qu’il le reçoive et lui prodigue des conseils comme il l’a fait pour ses aînés comme Seydou Kéita, Mamadou Diarra Djilla et autres.

Que devient Salif Kéita ? Il répond toujours avec son éternel sourire et nous parle dans une interview exclusive que nous vous livrons avec le plaisir de toujours donner les informations sur le football africain et ses archives.

Vous avez fêté vos 72 ans le 16 décembre dernier à Bamako, à cet âge-là, qu’est-ce que Salif Kéita devient ?

Salif Kéita : (Rires) Je suis vieux maintenant. Je vois que je suis très vieux et il y a beaucoup de choses que je ne peux plus faire. Je suis très heureux d’avoir cet âge quand même. En ce moment, le bon Dieu m’a donné longue vie et j’espère avoir encore quelque petit temps à passer avec vous.

Vous vous portez bien, vous avez une bonne vision et vous dites merci au bon Dieu…

S. K. : Grand merci au bon Dieu, comme je viens de vous le dire ; ça va et j’espère que ça ira encore…

Qu’est-ce Salif Kéita fait en ce moment avec ses petits-enfants ?

S. K. : Pour le moment je ne fais rien, je me lève les matins, je regarde la télévision ; de temps en temps je me balade un peu et je pars voir quelques entrainements et après je rentre à la maison, je regarde les matches. Heureusement maintenant, il y a beaucoup de matches à la télévision et je regarde beaucoup les matches. Ça me permet de tuer le temps.

Monsieur le président, est-ce que vous vous rappelez vos premiers contacts avec un ballon de football ?

S. K. : Ho lala,comme tous les jeunes de mon époque, on a commencé à jouer au ballon dans mon quartier à Ouolofobougou. C’était des ballons en chiffons, après les ballons de tennis et aussi en caoutchouc. Pour ceux qui se rappellent ce quartier, là où on jouait, il y avait beaucoup d’arbres et on a commencé à dribbler les hommes et arbres en même temps. Ce qui a fait de nos générations des excellents dribleurs et footballeurs.

Vos premiers clubs

S. K. : Les Onze Diables et le Mamaya de Ouolofobougou et après les compétitions de pionniers. Après je suis parti au Réal de Bamako.

Votre premier match en club 

S. K. : C’était le match entre le Djoliba AC contre le Réal de Bamako : on a fait un score de trois buts partout et j’ai eu la chance de marquer un but ce jour-là.

Votre premier match en équipe nationale ?

S. K. : C’était en 1963, lors des Jeux des forces montantes à Jakarta (Indonésie), avec l’entraineur Ben Oumar Sy ; j’ai joué mais, je n’ai pas marqué de but.

Quel est votre plus grand succès dans le football ?

S. K. : Bon difficile à dire, il y a eu beaucoup de choses…

Dont le Ballon d’or africain qui a été créé pour vous récompenser en Europe ?

S. K. : Oui, mais pas ça seulement, j’ai été aussi Soulier d’argent en 1972 avec 42 buts. Quand on marque 42 buts dans une saison, c’est magnifique.

Le Ballon d’or africain a été créé pour vous récompenser en 1970 et, en 1971 aussi, vous avez élu encore, mais vous avez refusé, pourquoi vous avez refusé ?

S. K. : J’ai fait comprendre à l’équipe de France Football que j’étais plus avantagé que les footballeurs qui évoluaient en Afrique et il y avait beaucoup plus de publicité sur moi que les autres Africains. Les journaux parlaient beaucoup de moi et j’étais avantagé, donc j’ai expliqué qu’il faut donner à un footballeur qui évolue en Afrique. Ils m’ont entendu et ils ont donné au Ghanéen Ibrahim Sunday de l’Ashanti Kotoko de Kumasi.

Pourquoi vous avez refusé de jouer avec la France ?

S. K. : De toute façon je ne pouvais pas : j’avais déjà joué avec l’équipe nationale du Mali, et le Mali, c’est tout ce que j’ai et je ne pouvais pas faire autrement. J’aime beaucoup la France, c’est le pays qui m’a beaucoup supporté, mais malheureusement je ne pouvais pas jouer avec les deux pays en même temps.

Vous venez de dire que vous avez marqué 42 buts en 1972 en France et ce record n’a jamais été battu par un Africain en Europe, Salif Kéita est toujours fier de lui surtout que vous avez manqué 5 matches dans cette saison étant donné le Soulier d’or a joué tous les matches ?

S. K. : Je sais que j’ai marqué 42 buts en une saison en France c’était beaucoup, c’est la chance et quand on joue devant et qu’on marque, c’est la chance, ça fait plaisir. On ne marque pas quand on veut, mais on marque quand on peut.

Quel est le défenseur africain qui vous a le plus fatigué en Afrique lors d’un match ?

S. K. : Il y a eu beaucoup de joueurs…

Mais il y a eu ce match entre vous et le Camerounais « Maréchal » M’Bappé Leppé ?

S. K. : M’Bappé Leppé n’était pas un défenseur, c’était un milieu de terrain, il avait une belle frappe et au cours d’un match, on jouait l’un contre l’autre et je l’ai touché sans le vouloir et il était fâché. (Ndlr : demi-finale de la Coupe des champions, actuelle Ligue des champions entre l’Oryx de Douala et l’AS Réal de Bamako. 3 buts à 0 à Bamako et 4 buts à 0 pour le Réal) Lors de ce match, les arbitres n’étant pas arrivés au Cameroun à temps, ce sont les arbitres camerounais qui ont sifflé le match. Salif Kéita marque 8 buts (à la 16e, 21e, 55e, et 65e).  On lui accorde 4 buts et 4 autres buts refusés, donc il était fâché).

Le plus beau but avec les Aigles du Mali.

S. K. : Tous les buts sont beaux…

Et lors de votre jubilé en 1979 à Bamako, quand vous partez de la défense jusqu’au but adverse pour marquer ce but, les gens en parlent beaucoup ?

S. K. : Ils exagèrent ! Les gens exagèrent beaucoup et moi je dis que tous les buts sont beaux et il faut que ça franchisse la ligne de but et c’est extraordinaire.

Vous avez été élu président de la Fémafoot en 2005, mais vous avez refusé un second mandat alors que c’était facile pour vous d’avoir ?

S. K. : Mon mandat a été très difficile (2005-2009 président de la Fémafoot).

Quel est la capitale africaine que vous avez aimé le plus ?

S. K. : J’aime toutes les capitales en Afrique, vous savez l’Afrique c’est extraordinaire. Les gens s’amusent beaucoup, ça travaille beaucoup aussi et c’est magnifique. Dakar, Bamako, Conakry, Abidjan, etc. les capitales africaines sont simplement magnifiques.

Quel est le président africain que vous avez le plus aimé ?

S. K. : (Rires) Il y a eu beaucoup : Modibo Kéita, Ahmed Sékou Touré de la Guinée, Kwame Nkrumah, Nelson Mandela. J’ai aimé beaucoup de dirigeants africains. Il y a des présidents qui ont aimé l’Afrique et je n’étais pas le seul d’ailleurs à les aimer, il y a des dirigeants qui ont marqué l’Afrique.

Votre plus grand défaut ?

S. K. : J’en ai beaucoup, j’ai tellement de défauts.

Oui, mais président, vous faites trop confiance aux gens aussi ?

S. K. : Oui, la vie c’est comme ça ; quand on ne connaît pas les gens, on doit leur faire confiance.

Quelles sont les qualités que vous appréciez chez les autres ?

S. K. : L’humilité, ce n’est pas mal… Et c’est ce qui faisait la force des Maliens avant. Mais maintenant là, c’est autre chose…

Votre plat préféré ?

S. K. : La sauce d’arachide avec le riz.

Votre animal préféré ?

S. K. : Le chien, parce qu’il garde la maison.

Votre acteur préféré ?

S. K. : Feu Balla Moussa Keita

Votre chanteur préféré ?

S. K. : Salif Kéita, mon homonyme et ami. 

Un vœu pour le football africain ?

S. K. : Qu’il aille le plus loin possible et qu’on organise mieux.

Pourquoi avoir joué votre jubilé dans 3 pays africain

S. K. : Ce sont les trois pays où j’avais fait mes premiers matches à savoir Bamako et après Dakar, Conakry et Abidjan. 

Par Diakaridia Camara

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