18, September 2020 6:02

Entretien EXCLU / Diadie Samassékou : « Mon rêve c’est d’aller le plus haut possible, d’être l’un des meilleurs joueurs africains. »

Après un confinement vécu seul chez lui en Allemagne, Diadie Samassékou fête quelques mois plus tard la qualification pour la Ligue Europa avec Hoffenheim. A un match de la fin de la saison de Bundesliga, l’international malien évoque avec nous la reprise, et les évènements marquants de ces derniers mois. Entretien avec un joueur qui met le collectif au dessus de tout.

Diadie, comment est-ce que ça va, un mois après la reprise de la Bundesliga ?

Ça va super bien, on commence à s’habituer à cette situation et ce n’est pas pour nous déplaire car on va bientôt finir le championnat, et pouvoir préparer la nouvelle saison tranquillement.

Comment as-tu traversé cette période de confinement ?

Au début c’était très difficile, car on n’est pas habitué à être aussi longtemps à la maison. Mais la santé est plus importante que le foot et on a été obligés de s’adapter comme tout le monde. Sur la fin, ce n’était pas aussi difficile que ça. A la veille des matchs, juste avant de rentrer à la maison, ils nous ont dit qu’il n’y avait finalement pas de match. Au début on était un peu choqués car ils auraient pu prendre le temps de le dire un peu plus tôt. Mais on l’a accepté, on a appelé nos familles pour rassurer tout le monde.

La décision de reprendre la Bundesliga t’a t-elle surprise ?

J’étais très content car cela permettait au club de fonctionner à nouveau et à des milliers de salariés de pouvoir retravailler. Pour nous, ça nous permettait de terminer ce qu’on avait commencé car avant l’arrêt on était neuvièmes, on avait un sentiment de travail inachevé car on savait qu’on avait la possibilité de se qualifier pour l’Europe. On avait peur que le championnat soit arrêté et le classement figé. On vient d’assurer cette place européenne, c’est une bonne chose.

N’avais-tu pas peur de reprendre la compétition ?

Pas du tout car je pense que les autorités n’auraient pas relancé le championnat si elles n’avaient pas les choses en main. Il y a une différence avec le fait qu’il n’y a pas de supporters mais c’était plaisant de jouer aussi.

Au moment où les championnats se sont arrêtés, Thiago Alcantara au Bayern Munich avait poussé un coup de gueule pour alerter sur l’urgence de la pandémie. Au sein de l’équipe d’Hoffenheim, tout le monde était bien concentré pour reprendre la compétition ?

Ça a pris du temps car l’épidémie à un moment a atteint son pic, tout le monde avait arrêté sauf nous. Je pense que c’est bien que des voix comme celle de Thiago Alcantara s’élèvent, à ce moment c’était la meilleure décision (d’arrêter, ndlr). Pour la reprise, personne n’a boudé, tout le monde était content de retrouver le terrain.

« Les gens pensent que la Ligue Europa la poubelle de la Ligue des Champions, mais non »

Après un mois de reprise, Hoffenheim est à la fête, avec une qualification en Ligue Europa, compétition que tu as connu avec le Red Bull Salzbourg. J’imagine que l’objectif est atteint pour toi ?

C’est une très très bonne nouvelle pour nous, c’était l’objectif pour nous de finir dans les six premiers. On a vu que la septième place était qualificative.

Ces dernières semaines vous avez vécu le départ de l’entraîneur (Alfred Schreuder, remercié le 9 juin). Comment cela s’est passé ?

On était un peu tous surpris car personne n’était au courant. Je pense que ce n’est pas une décision sportive. On n’a pas vraiment demandé ce qu’il s’est passé. Personnellement c’est la première fois que je vis cette situation en pleine saison. On était tristes mais il fallait aller de l’avant, on a des objectifs. On ne s’est pas laissés distraire par ça. Ça aurait pu nous perturber, on était surpris. Je pense qu’ils ont leurs raisons.

Il va falloir finir en beauté, sur le terrain du Borussia Dortmund ce week-end.

Bien sûr, on a cette sixième place à aller chercher. Il y a un enjeu, on sait que Wolfsburg joue contre le Bayern Munich et que ce ne sera pas un match facile pour eux. On veut prendre des points à Dortmund et ne pas avoir de regrets ensuite.

La Ligue Europa pour toi personnellement était un objectif sachant que tu as joué cette compétition quasiment chaque saison dans ton précédent club…

Exactement, je pense qu’avec notre niveau actuel la Ligue des Champions aurait été un peu trop élevée pour nous. On a la possibilité de progresser avec l’Europa League. Les gens pensent que c’est la poubelle de la Ligue des Champions, mais non. Le niveau est élevé, et c’est bien pour nous d’apprendre pour jouer ensuite pourquoi pas la LDC dans les prochaines années.

D’un point de vue personnel, comment juges-tu ton adaptation à la Bundesliga ?

Pour une première saison, elle était pas mal. C’était difficile au début car je suis revenu un peu tard de la CAN et j’ai manqué la pré-saison, je me suis blessé, et je jouais dans une position différente. J’ai dû m’adapter. Au fur et à mesure, j’ai su gagner ma place et aujourd’hui je peux dire que la saison s’est très bien passée car on a atteint notre objectif collectif.

Depuis quelques saisons, tu fais plus de 40 matchs par saison. N’était-ce pas bénéfique de souffler aussi ?

On sait que la période post-CAN peut être compliquée, mais je suis un compétiteur et j’aime bien jouer le plus de matchs possibles. Mais c’est vrai que ça m’a permis de travailler. A force d’enchainer les matchs, tu n’as pas vraiment le temps de faire des entraînements spécifiques et d’améliorer des aspects de ton jeu. Ça m’a permis de me concentrer sur mon jeu.

« On est trop obnubilés par les stats »

Tu arrivais il y a un an du championnat autrichien. Que penses-tu de la Bundesliga ?

C’est l’un des meilleurs championnats d’Europe, l’un des plus ouverts sans parler du Bayern Munich. C’est très important pour la progression d’un joueur. Tu as l’opportunité de jouer contre des équipes très fortes jouant pour gagner. C’est la meilleure étape pour un jeune joueur.

Tu évolues devant la défense, à un poste où on demande davantage de projection aujourd’hui. C’est quelque chose qui te plait ?

J’aime bien le faire, mais moi je suis un quatre et demi. Je suis d’abord là pour protéger ma défense. Dans une équipe de foot, chacun connait son travail. Et je pense que je suis le plus utile quand j’essaye de protéger ma défense. Quand j’ai la possibilité de monter, bien sûr que je le fais.

Tu n’as pas l’impression que ton profil est de plus en plus recherché ?

Je pense qu’on est trop obnubilés par les stats, qu’on essaye de mettre dans la tête des jeunes qu’un milieu de terrain doit aussi marquer des buts, alors qu’il est là pour aider la défense et l’attaque, pas seulement l’attaque. C’est rare de trouver des joueurs là pour aider la défense, assurer la transition. Maintenant les joueurs préfèrent être offensifs, car c’est là que tu es le plus vu, que tu as le plus de notoriété. Pour jouer à ce poste, il faut avoir un minimum de générosité et d’esprit d’équipe, et ça commence à manquer un peu.

Après ta première saison en Bundesliga, quelle équipe t’a le plus impressionné ?

Le Bayern Munich. A chaque match, il donne le meilleur de lui-même. C’est une équipe impressionnante. Tous les joueurs qui composent cette équipe sont des joueurs vraiment extraordinaires. Ça montre qu’il y a encore un pallier à franchir et qu’il faut aller chercher ces équipes là dans le futur.

« Il est temps que les choses changent »

Le 29 février dernier, le propriétaire d’Hoffenheim, Dietmar Hopp, s’était fait copieusement sifflé et insulté lors de la réception du Bayern Munich, par les fans bavarois. Comment as-tu vécu cet épisode ?

J’étais très surpris, cela s’était déjà produit au match aller. Ce match, c’était la goutte d’eau qui faisait déborder le vase. Il fallait faire quelque chose. Il faut saluer le staff et les joueurs du Bayern qui ont suivi le mouvement et ont dit que c’était inacceptable. C’est comme le racisme, un sujet très important. Il faut respecter les acteurs du foot. On est là pour donner du plaisir aux gens, mais il faut que le respect soit réciproque.

La Bundesliga a été la première à reprendre, mais également le premier championnat où des joueurs ont rendu hommage à George Floyd. Pour ta part, c’est via Instagram que tu as réagi avec un message pour le Blackout Tuesday. Comment as-tu vécu ces récents évènements ?

On est tous tristes de ce qu’il s’est passé. Le racisme est un sujet qui n’est plus tabou, tout le monde en parle, les gens commencent à réagir. Je suis très content de la solidarité des joueurs qui ne sont pas blacks aussi, car nous ne sommes pas les seuls à avoir manifesté et montré notre mécontentement. Il est temps que les choses changent, mais cela doit commencer dans les familles car ça commence là. A la source, il faut que les gens apprennent à mieux éduquer leurs enfants.

Récemment Marcus Thuram a évoqué longuement ce sujet avec nous, c’est une prise de parole qui se fait rare en interview.

Les joueurs font attention à ce qu’ils disent car cela peut être mal interprété. Mais on sent que les gens en ont marre de cette situation. Je pense que les gens vont en parler un peu plus, car ça a dégénéré aux Etats-Unis, et les gens en profitent pour dire ce qu’ils ont sur le coeur. Je pense que ce mouvement doit continuer, pour qu’on voit qu’il n’y a plus de place pour le racisme dans les tribunes, et dans ce monde.

Tu estimes que cette question du racisme est bien gérée par les fédérations en Europe ?

Non je pense que ça peut être mieux géré, mais il faut être à leur place pour voir comment ils vivent la chose. En tant qu’acteur, je pense qu’ils peuvent mieux faire. Ce n’est pas la peine de suspendre un match car 5 ou 10 personnes sont racistes. Il faut juste les dégager du stade. Les supporters présents au stade doivent participer et aider les dirigeants à mieux gérer ces situations là. S’ils voient des personnes qui font les racistes, qu’ils les signalent, qu’on les dégage du stade, et que la fête continue.

« Depuis petit je suis un grand fan de Manchester United »

Tu m’as dit que le Bayern Munich était l’équipe la plus forte que tu aies affrontée. Quel adversaire as-tu eu le plus de mal à contenir ?

Quand tu vois comment joue David Alaba, qui arrive à casser des lignes, tu te dis que c’est un peu la pièce maitresse de cette équipe. C’est un joueur qui m’a vraiment impressionné. C’est quelqu’un qui arrive à se détacher du pressing, à ressortir le ballon proprement, il est tout le temps attentif. Quand tu sais que ce n’est pas son poste de prédilection… C’est un joueur exceptionnel, un exemple à suivre.

Quels sont tes modèles d’inspirations ?

J’aime bien Fabinho, un joueur propre, pas extravagant dans son jeu mais qui fait le taf. Ensuite, des anciens joueurs africains comme Michael Essien ou Seydou Keita qui étaient des modèles à ce poste, pas extrêmement beaux, mais très efficaces. C’est le plus important à ce poste.

Tu évolues en Bundesliga après avoir connu la Bundesliga autrichienne. Quel autre championnat te fait envie ?

La Premier League bien sûr. Mais je suis très heureux ici et j’ai encore beaucoup de choses à apprendre. On verra là où le destin me mènera.

La Premier League te fait envie depuis longtemps ?

Bien sûr, de base depuis petit je suis un grand fan de Manchester United. Ça m’a toujours fait rêver d’évoluer dans ce championnat, et je veux me donner les moyens pour réaliser ce rêve.

Ça tombe bien, Paul Pogba pourrait laisser une place prochainement…

(rires) J’espère qu’il restera là-bas car c’est un joueur qui leur fait beaucoup de bien. Mais le foot ça va tellement vite.

Il y a un an, on t’annonçait dans le viseur de l’Olympique de Marseille. La Ligue 1 c’est un championnat qui t’intéresse ?

Bien sûr, la plupart de mes amis y évoluent. C’est un championnat qui a beaucoup progressé, où il y a beaucoup de bonnes équipes. Le plus important c’est que je sois heureux là où je suis.

Quelques-uns de tes coéquipiers de sélection y évoluent : Hamari Traoré (Rennes), Youssouf Koné (OL)… Eux n’essayent pas de te faire venir en Ligue 1 ?

Non pas vraiment, ils savent que j’ai la tête sur les épaules. Si je dois aller là-bas et que c’est la meilleure décision à prendre, ils savent que je le ferai. Ils essayent juste de me conseiller un peu. Chacun a sa destinée.

Marseille, c’est toujours un projet qui t’intéresse ?

Pour le moment je suis dans un nouveau projet. Marseille c’est une grande équipe, un grand club. Mais pour le moment je n’ai pas vraiment la tête à ça. Je leur souhaite juste le meilleur.

Tu évolues également avec la sélection du Mali, qui a atteint les huitièmes de finale de la CAN 2019. Comment as-tu vécu cette expérience ?

C’est ma première Coupe d’Afrique, j’étais très excité à l’idée d’y participer. Avec un peu de recul, on a beaucoup de regrets. On a perdu un match qu’on aurait pu gagner, on n’est pas sortis par la grande porte. On domine le match et on prend un but sur un coup de pied arrêté venu de nulle part (face à la Côte d’Ivoire, 0-1, ndlr). Mais dans l’ensemble, il y a beaucoup de positif à retenir. On va se donner les moyens pour aller plus haut la prochaine fois.

Ça fait quoi de marquer un but à la CAN (face à la Tunisie, ndlr) ?

C’est un moment magnifique, tu ne le sens pas tellement pendant le match. C’est à la sortie quand tu vas sur les réseaux sociaux, quand tu vois le bonheur que tu peux offrir aux gens, c’est magnifique. C’est la meilleure des choses qui puisse arriver à un joueur de foot.

Jusqu’où peut aller cette sélection selon toi ?

Avec modestie, notre objectif c’est de remporter une CAN avant la fin de cette génération. Je pense qu’on en a les moyens, mais on sait comment une Coupe d’Afrique peut être difficile. Souvent ce sont les équipes qu’on attend le moins qui arrivent le plus haut. Il faut du travail, de la patience. On est confiants et on estime qu’on aura notre mot à dire dans les prochaines années. On a toujours eu des qualités individuelles en sélection au Mali, on a eu des joueurs exceptionnels dans le passé. Je pense que la clé ce ne sont pas les individualités mais au contraire le collectif. La plupart des joueurs ont joué ensemble ou grandi ensemble dans la même académie. Si on est soudés et qu’on joue le football qu’on a appris, ça peut faire la différence. Lors de la dernière CAN, on a un peu manqué de réussite. Dans ce genre de compétition, on n’a pas mille chances pour marquer un but.

Et toi, jusqu’où tu peux aller dans ta carrière ?

Mon rêve c’est d’aller le plus haut possible, d’être l’un des meilleurs joueurs africains. Mais je pense que ça passe par beaucoup de travail, pour le moment j’en suis très loin. J’essaye de me donner les moyens d’un jour voir mon nom figurer dans cette liste de joueurs exceptionnels qu’a l’Afrique.

Onzemondial

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