18, September 2020 5:40

Ismaël Sylla dit Eusebio, l’âme du Hafia et du Sily National de Guinée

Ce jeudi 12 décembre 2019, vers 11 h au Stade du 28-Septembre de Conakry, le Temple du football guinéen, nous avons rencontré quelques légendes de cette belle épopée du Hafia de Conakry et du Sily National des années 1970. Tous retraités ou presque, c’est là-bas que se retrouvent ces anciens coéquipiers de l’équipe nationale guinéenne.

A force d’être ensemble en sélection et en club, ils sont devenus des camarades jusqu’à créer une amicale « Hafia 77 » et chaque fois ils se retrouvent sur le terrain auquel ils ont tout donné pour se concerter, demander et proposer pour le bien-être du football guinéen. En les voyant, on ne sait pas qui est âgé, qui est le chef et qui décide, tant ils sont amis et se disent tout dans la plus grande sportivité.

Ce jour-là : Ibrahima Sory Kéita alias petit Sory, 130 sélections avec le Sily National de Conakry de 1962 à 1979, Ismaël Sylla dit Eusebio, international guinéen de 1973 à 1979, Ibrahima Fofana dit Calva 1, international du Sily de 1965 à 1979 avec 76 sélections, Jacob Bangoura de 1967 à 1979 et plus tard c’est Abdoulaye Bernard Sylla qui viendra nous trouvé au stade du 28 Septembre.

D’après feu Demba Coulibaly lors du jubilée Sadia Cissé 23 Decembre 1981 au Stade Omnisport Modibo Keita, grand reporters sportif à Radio Mali, « l’âge a de l’emprise même sur les champions » et ce jour nous avons bien vu que les champions sont pour la plupart à la retraite après avoir tout donné au football guinéen dans les années 1970. Notre invité de ce jour est Ismaël Sylla dit Eusebio qui a pour particularité d’avoir joué son premier match avec le Sily National à Bamako face à un certain  Salif Keita, c’était le 6 juin 1973 à Bamako, pour un score final de 2 buts partout. Ce jour-là, il a marqué pour sa première participation avec le Sily National.

Début dans le football

Né le 28 avril 1952 à Conakry, comme tous les anciens et coéquipiers c’est à l’école primaire de Coléa  III que le jeune Ismaël Sylla commença à taper dans le cuir rond. Ses instituteurs de l’époque avaient déjà remarqué les signes de précocité d’un talent futur. C’est en ce moment qu’il rencontra un certain Souleymane Chérif qui sera plus tard son coéquipier au sein du Hafia et du Sily National, mais aussi une source d’inspiration. En plus du crack de Kindia, une autre personne inspira beaucoup notre ancienne gloire du jour, il s’agit de maitre Naby Camara. Orphelin de père et de mère à bas âge, c’est cet homme qui fera de lui ce qu’il est aujourd’hui et sans le savoir avec une éducation et un style de vie qui façonnera celui qui fut l’un des meilleurs milieux de terrain du Hafia. C’est ce grand monsieur qui sera une personne d’inspiration et surtout une voie à suivre.

C’est le club Coléa City qui deviendra son premier club et après le 5e arrondissement, c’est au tour de Conakry II qui s’appellera plus tard le Hafia Football Club de Conakry dans les années1960.  Celui qui jouera son premier match en 1973 à Abidjan face à l’Asec d’Abidjan de  feu Laurent Pokou, va remporter par la suite deux ligues des champions et en perdre deux autres en 1976 et 1978Même s’il faisait partie de l’effectif de 1972 qui a remporté le premier trophée du club, Eusebio dira qu’il ne sentait pas « bien dans l‘effectif et à la veille de la finale j’ai escaladé le mur à l’internat et rentrer chez moi à la maison. L’entraîneur Garincha a tout fait pour que je puisse intégrer cette équipe », se rappelle encore Ismaël Sylla.

En équipe nationale, son premier match est joué le 6 juin 1973 à Bamako contre un certain Salif Keita ce jour-là, Ismaël Sylla répondra à Salif Keita au stade Omnisport de Bamako (2-2) et pour son dernier match c’était contre le Zaïre lors des éliminatoires de la Can Lagos 1980 et c’est l’exil qui commence pour le milieu de terrain du Hafia et du Sily National.

Exil professionnel

Après avoir qualifié le Sily National pour la Coupe d’Afrique des nations de 1980 au Nigeria, Ismaël Sylla est allé jouer en Côte d’Ivoire avec l’Africa Sport d’Abidjan au moment où les footballeurs guinéens étaient des joueurs qui ne sortaient pas pour aller monnayer leurs talents.

Dans la vie des footballeurs, il y a des moments inoubliables les moments fastes dans la carrière du footballeur comme ce 18 décembre 1977, l’année du triplé avec le Hafia Football Club de Conakry. Des moments que personne n’oublie mais aussi des moments de tristesses comme dans la vie de tous les jours. Les jours de gloire et les jours de tristesse, comme la finale perdue de 1976 face au Maroc d’Hamed Faras à deux minutes de la fin du match dans ce mini tournoi ou les Lions de l’Atlas seront sacrés champions d’Afrique.

Dans un groupe où la discipline était de rigueur, les joueurs vivaient comme des frères et l’ambiance était bon enfant avec une sérénité qui manque aujourd’hui dans la plupart des formations africaines.  « Une fois quand il y a match, le ton était donné ; on était tous dans le match » Ibrahima Sory Kéita alias Petit Sory, l’homme aux 130 sélections avec le Sily National était un grand frère, coéquipier et surtout une idole à imiter pour Ismaël Sylla. « Quand il déconnait je criais sur lui et il comprenait parfaitement ce que je voulais et après cela dans les vestiaires, je la ferme parce que j’étais le jeune frère », raconte Eusebio.

Pour les éliminatoires de la Coupe du monde 1978, vainqueur 2 buts à 1 à Conakry, le Sily National s’incline 3 buts à 1 à Tunis et les Aigles de Carthage se qualifient pour le mondial argentin. En aller et au retour, Ismaël Sylla Eusebio a marqué dans cette double confrontation, se rappelle l’international Guinéen de 1973 à 1979.

Avec le Cannon de Yaoundé (Cameroun), le Djoliba AC (Mali), le TP Mazembé (RDC), contre ces clubs, les matches étaient durs avec des duels et autres combats sans répit. Le football africain de l’époque était composé des talents et autres individualités qui faisaient que le football africain était un football riche et spectaculaire. « En équipe nationale, les matches contre le Mali était les plus importants et disputés entre les deux pays avec des joueurs comme Salif Kéita, Cheick Fantamady Diallo, Cheick Fantamady Kéita et autres Moussa Traoré dit Gigla. On préparait sérieusement ces matches ».

Les matches les plus difficiles étaient le match du triplé à Conakry contre les Ghanéens et le match contre le Mouloudia d’Alger. Notre interlocuteur accuse la Caf du fait que l’instance africaine ne voulait pas que le Hafia remporte successivement la ligue des champions.

24 heures pour quitter Conakry

Après le triplé du Hafia en 1977 et les éliminatoires de la Can 1980 au Nigeria, après avoir qualifié la Guinée, Ismaël Sylla dit Eusebio va poser ses valises à l’Africa Sport d’Abidjan et il jouera même la finale de la ligue des champions en 1981 avec l’équipe Ivoirienne. C’est lors des matches de compétitions africaines que l’ex milieu de terrain du Hafia se rend à Conakry et sans mesurer les conséquences d’un tel geste.  A peine arriver avec l’équipe Ivoirienne, les autorités de l’époque ordonnent à Ismaël Sylla dit Eusebio de quitter le pays dans les heures à venir et le vol suivant Conakry-Dakar partira avec l’ex joueur du Sily. Les choses étaient tellement compliquées que même après avoir qualifié la Guinée à la Can 1980, il n’a pas pu jouer du fait qu’il a quitté le pays, se souvient encore Eusebio avec humour.

Diakaridia CAMARA
Envoyé spécial à Conakry

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