18, September 2020 3:52

Mali-Guinée : Salif Keita Domingo contre Morlaye CAMARA, Chérif Souleymane contre Oumar Bah, Mamadou Kaloga raconte les duels au sommet du football africain !

Le correspondant de RFI Mamadou Kaloga est un témoin clé des rencontres Mali-Guinée, reporter sportif à radio Mali puis correspondant à Bamako pour cette énième raconte entre les deux grandes nations de la zone UFOA, il nous parle de ces matches et surtout des duels entre les cracks  maliens et guinéens. Ils se sont rencontrés plusieurs fois, en coupe Amilcar Cabral, dans les différents tournois, dans les éliminatoires de CAN, en matches amicaux et entre clubs, comme avec le Hafia qui était pratiquement le Sily National à quelques exceptions près. Donc ces rencontres étaient des chocs et des duels en toute sportivité.

« Entre le Mali et la Guinée Conakry, il y a toujours eu cette lutte pour le leadership de la zone dans  les années 1960. Je me  rappelle encore  le match qui a eu lieu au stade Mamadou Konaté (10 Décembre 1961 à Bamako : le Mali bat la Guinée 3 buts à 0 –  en match amical NDR). La tension était très forte à telle enseigne que le président Modibo Keita, qui était au terrain, est descendu sur la pelouse pour dire «approchez-vous !  Ce sont vos frères»  C’est dire qu’il y avait une tension très forte entre les deux équipes. Ensuite, il y a eu au niveau des clubs et des équipes nationales. Ça se comprend et personne ne veut perdre quand il s’agit du football» raconte Mamadou Kaloga.

En guinée, la politique du camarade stratège Ahmed Sékou Touré reposait sur la culture, les arts et le sport et c’est dans ce dernier domaine que la Guinée a régné à travers le Sily Nationale, le nom de l’équipe nationale, et en club avec le Hafia de Conakry. Les mêmes joueurs qui évoluaient en club se retrouvaient en équipe nationale et donc cela créait un automatisme qui faisait peur à n’importe quelle formation d’Afrique. Le doyen de la presse sportive malienne parle de ces grands noms du football des deux pays, des artistes de l’époque entre autres légendes des deux côtés. Il y a eu tellement de rencontres que ces matches ont permis de créer des liens entre maliens et guinéens. Nous avons les mêmes cultures, les mêmes us, les mêmes langues et à cause des matches, l’amitié est créée et après les duels on se retrouve en famille.

« Il y a eu des grands footballeurs pour les deux équipes. Quand vous prenez le Sily National, c’était pratiquement le Hafia car c’étaient les mêmes joueurs. Donc quand il y avait les compétitions entre les deux équipes, c’était toujours tendu sportivement. Les meilleurs amis des footballeurs maliens étaient des guinéens et ils venaient à Bamako et cela jusqu’à une date récente où l’âge ne les permettait plus de se déplacer. Il y a toujours cette amitié entre les joueurs comme Ousmane Traoré dit Ousmane Bleni, Cheickna Traoré Kolo, Salif Keita dit Domingo, Sadia Cissé, etc. C’est pour dire qu’il y a eu une grande amitié entre les footballeurs maliens et guinéens. Depuis des années 1970, au moment où il y avait beaucoup de matches entre les deux nations, et jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de grands matches entre les deux pays ; cela a fait perdre les mémoires aux spectateurs. Je me rappelle encore la CAN de Tunis ; il y avait une très grande amitié entre les maliens et guinéens. La guinée a été éliminée par le Mali (2 buts à 1 en quart de finale de la CAN). Ensuite cette CAN qui a eu lieu en Libye en 1982, où les responsables maliens s’étaient transformés en supporteurs guinéens avec un grand responsable malien qui a pris fait et  cause pour la Guinée».

Pour Mamadou Kaloga, les matches Mali-Guinée n’étaient jamais gagnés d’avance, que ce soit à Bamako ou à Conakry, et personne ne pouvais s’hasarder à parler du résultat d’une rencontre indécise entre les deux formations. « Entre maliens et guinéens, le match n’est jamais gagné d’avance. Une semaine avant la rencontre, on ne parle que d ce match, il n’y a pas beaucoup de manifestations,  mais on ne parle que de ce match. L’enjeu est très grand. Les guinéens comme les maliens n’oublient jamais les dernières rencontres où les décisions se font juste à la dernière minute. Quant aux guinéens, ils n’étaient pas à Conakry, mais en Côte d’Ivoire et se sont préparés et ils viendront 24 heures avant le coup d’envoi. Les Aigles se sont retranchés à Kabala sans contact jusqu’au jour du match. Ce que certains ne comprennent pas. C’est dire le degré de concentration pour les deux nations».

Les duels !

Entre maliens et guinéens, que de talents, d’artistes, d’étoiles chez les deux formations. On se rappelle de ce duel en 1971 entre Bako Touré et Ali Badara Keita Kolev. Plus tard en 1994, il y a eu des duels encore avec la sélection guinéenne à Bamako : entre Aboubacar Titi CAMARA et Solomane Sangaré, entre Djibril Diawara et Ousmane Gom Camara. Il  y avait déjà eu des duels entre Salif Keita et Morlaye Camara dit Epervier noir, entre  Cherif Souleymane et Ousmane Bah. Mamadou Kaloga raconte. « Je me rappelle du duel, lors du match Mali-Guinée comptant pour les éliminatoires de la CAN 1974, entre Morlaye CAMARA et SAlif Keita dit Domingo. Le gardien de but du Sily ne voulait pas que Salif marque et c’est de bonne guerre. C’est normal entre un attaquant comme Salif et un gardien de but comme Camara Moralye. Salif a tout fait pour marquer ce jour. Quand il y a un tir de Salif, tout le monde croit à un but du coté malien et chez les guinéens, on pense à Morlaye. C’est logique et ce sont des sportifs » explique le doyen.  Kaloga évoque par ailleurs ce duel entre le ballon d’or africain de 1972 et le latéral des Aigles du Mali, décédé tout récemment. Malgré la classe de Cherif Souleymane, malgré sa force, sa puissance et surtout son talent, il avait des problèmes face à Drissa Coulibaly dit Entraineur. Ce que Cherif Souleymane même nous a raconté à Conakry quand il nous a expliqué que malgré la classe des joueurs guinéens, ils avaient toujours du mal à s’exprimer devant les défenseurs maliens. D’après Mamadou Kaloga, il sait ce qu’il dit !

« A Conakry à il y a eu ce duel entre Chérif Souleymane et  feu Drissa Coulibaly dit Entraineur, le latéral des Aigles du Mali et du Stade malien de Bamako : celui-ci ne voulait pas du tout que Chérif Souleymane passe, c’est l’orgueil individuel du joueur. Un duel épique, un choc. Il y a eu également ce duel entre Ibrahima Fofana Calva et Kader Gaye à Bamako, le latéral droit guinéen contre l’ailier gauche des Aigles du Mali. Kader avait cette facilité tactique d’êtres très rapide et doué sur des centres difficiles à marquer. Il y a eu des situations où les joueurs se mettent individuellement en valeur, mais ce qui est sûr et certains entre les deux équipes, c’est qu’il y avait un plus pour chaque équipe quand elles se rencontraient. On ne peut jamais dire à l’avance que c’est telle équipe qui va l’emporter, que ce soit à Bamako ou à Conakry. Le match de ce soir obéit à la règle d’une rivalité toute sportive entre ces deux équipes. Il y a eu aussi ce duel entre Oumar Ba, un milieu de terrain, et Chérif Souleymane. Oumar Bah était teigneux et Cherif Souleymane physique, engagé et c’était toujours des duels sportivement parlant à voir. Après les rencontres, ils se retrouvaient pour boire ensemble et il n’y avait aucune animosité derrière», explique l’auteur du dernier livre sur la naissance du football soudanais.

Le spectacle !

Quand maliens et guinéens se rencontraient, place aux spectacles, les artistes se mettaient en valeur, mais les guinéens étaient considérés comme les brésiliens d’Afrique. Car ils jouaient ensemble depuis près de 15 ans en clubs et en équipe nationale et cela avait créé un automatisme qui était absent chez les Aigles du Mali. Pour Kaloga, les guinéens étaient plus techniques que les maliens « Du côté spectacle, l’équipe guinéenne était plus technique que l’équipe malienne. Les joueurs guinéens avaient cet avantage plus que le Mali et jouaient pratiquement pendant 15 ans ensemble au Hafia et au Sily National. Donc il y avait tellement d’automatisme entre Chérif Souleymane et Petit Sory, ils s’entendaient tellement comme un orfèvre dans le marché.  Du côté malien, il y avait des individualités telles que Salif Keita Domingo, Ousmane Traoré, Bakoroba Touré et autres Yatassaye ou Bakari Traoré dit Alliance. Ce dernier n’a jamais été battu sur une balle haute. Il y avait également Cheickna Traoré dit Kolo qui était un libéro de bonne valeur. En plus, il y a eu le gardien de but de Sikasso Moussa Traoré dit Deux pieds gauches et  à mon avis, c’est le seul gardien que Cherif Souleymane a respecté, car Chérif Souleymane ne le battait pas physiquement et en engagement. A chaque fois, qu’il y avait une balle à disputer, Chérif s’écartait parce que Moussa Traoré était une force de la nature. Il y a des petites choses qui arrivent, mais ça restait dans le cadre de la sportivité totale » 

Chérif Souleymane raconte à notre micro qu’on ne bat pas le Mali comme ça ! En langue malinké, une langue parlée dans les deux pays  « Mali Te Tila Ten », autrement dit, «on ne bat pas le Mali comme ça ! ». Pour Mamadou Kaloga, « Bien sûr, parce que il sait à qui il a affaire»  Quand Cherif Souleymane sautait, on sentait sa force, sa puissance et, balle au pied quand il s’enfonçait,-on s’attendait à quelque chose. Mais avec un Bakari Traoré dit Bakari Alliance face à lui, le combat était rude. Un Kolo national, un Ousmane Bleni, c‘était des gens qui ne levaient pas le pied, ils tombaient, s’accrochaient et se relevaient pour aller au duel. Mais en toute sportivité, quand on prend l’ensemble du jeu, sur le plan de la technique les guinéens étaient toujours supérieurs aux maliens du fait qu’ils jouaient ensemble tout le temps en équipe nationale et en club. C’était la même équipe du Hafia au Sily National, à l’exception de deux ou trois joueurs, se souvient Mamadou Kaloga.

Par Diakaridia CAMARA

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